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  • Photo du rédacteurlauretalice

Sept étapes – cette île, de France

Je me baignais dans l’Atlantique, un jour. C’était d’hier, l’éternité. Puis soudain les feuilles sont tombées.

C’est arrivé. D’un coup.

Quand c’est arrivé j’étais à Paris. Il a fait froid. L’automne. L’automne a-t-on dit.

Paris. Paris a-t-on dit.

Ce jour-là, l’automne, j’étais à Jourdain. Chez Nanou. Paris. Le lendemain, la ville serait rouge écarlate. Et dans les cafés on se demandait à quoi ressemblerait Paris, alors. Revêtu de ce rouge-là. Rouge alerte rouge. Nanou habite dans un quartier dont on peut tomber amoureux. Il y a à chaque coin de rue une raison de rester pour toujours.

Une librairie où tomber sur ce livre étrange. Océan mer.

La porte d’un atelier à pousser.

Un caviste + un fromager + une boulangerie = il ne me manquait que toi

Ici un parc où lire Ulysse

Là une montagne où regarder Paris de haut.

Une association qui fait tout ce qui nous plaît.

Un spectacle de contes dans la maison de quartier.

Il était une fois une femme dans un pays sans chemins. Qui avait seulement un passé, l’enfance. Et pas d’autres bonheurs, avenir, qu’ailleurs. Un jour elle est partie. Elle a quitté son village. Elle a longé les champs. Elle a traversé la forêt. Il y avait un lac. Elle est entrée. Le lac est profond. Elle s’est enfoncée. Jusqu’à être submergée de nuit. Elle a continué de marcher. L’hiver. Dans l’eau. Sa peau, peau de chagrin. Elle a continué de marcher. Dans le noir. Sa chair, cher souvenir. Il ne reste d’elle plus que les os. Des os dans le filet d’un homme. Qui pêche, à l’autre bout du monde. Comme les histoires disent pour l’autre bout du lac. Un homme qui a peur. Avec la mort dans son filet. Ce squelette, qui a froid. Comme les histoires disent une femme en lambeaux. Parfois. En morceaux. Un squelette, qui tremble, comme les histoires disent, ce froid.

On raconte que l’homme a couru se réfugier chez lui. On raconte que la femme a suivi l’homme jusque dans sa maison. On raconte que le village était terrifié. On raconte que l’homme a recomposé le squelette, qu’il a remis un à un les os à leur place, dans l’ordre des choses. On raconte que le squelette s’est mis à danser, on raconte que le squelette s’est mis à chanter. On raconte que c’est de cette façon qu’elle a retrouvé sa chair. La vie. Sa peau. La femme. Celle qui vient de la nuit. On raconte qu’ensuite, elle s’est couchée dans le lit de l’homme. Et qu’encore ils ont dansé. Et qu’encore, la vie.

Paris sans cafés – Paris cent fenêtres

Une boutique de jolies choses et d’autres, jolies aussi.

Des escaliers qui mènent où on voudrait savoir.

Un restaurant où les gens rient comme à la maison.

Je regarde les gens passer encore en parapluie. Il pleut à Paris sans cesse. Les nuages ici durent des heures. S’étalent sur des kilomètres durant. Dehors les gens vont et viennent devant mes fenêtres. Il y a ici un monde à lire quand il pleut. Ulysse est parti à la guerre. Chez lui, c’est l’endroit où quelqu’un l’attend. Reviens. Vite. Puis le chemin du retour. Embûches et détours. Et ces tempêtes. Et ces nuits sans vent. Et ces dieux favorables. Et ce dieu réticent. Ailleurs est bien loin alors. Les autres ont trois yeux, des attitudes de monstres, des maisons étranges comme des trous. Ailleurs. Ici peut-être.

La pluie, sans discontinuer. Une pluie qui ne ressemble ni à l’orage, ni à la fine, farine. Il pleut. C’est tout. Ulysse est rentré. Il raconte ses souvenirs. Un jour on racontera une histoire. On oubliera la source. L’homme qui est parti, qui est revenu de tout, même de la guerre. Qui as raconté. Ce qu’il avait vu là-bas. Dans un pays en île, séparé par des bras de mers, où l’eau creuse un espoir, vague, souvenir, de femmes. Lorsqu’on ferme les yeux c’est comme si elle chantait. Un jour on dira sirènes et créatures. La pluie encore.

Alors je suis allée au cinéma. Sous mon parapluie. Parmi les parisiens à ma fenêtre.

Ondine.

Elle porte le même prénom que des légendes de femmes et d’eau. Douces.

Et alors on ne sait plus. C’est comme si la légende est la seule à savoir exprimer les mystères de la réalité. Ce qu’on ne peut pas dire autrement que comme ça. L’amour. Ce qui ne s’exprime pas mieux que de cette façon. Invraisemblable. Magique.

La légende raconte une femme sublime, un lac gelé, un charme. Deux hommes.

Il part. Elle est dévastée. Elle dit qu’il ne peut pas la quitter sans mourir. Elle dit : sais-tu ce qui arriveras si tu pars ? Elle dit ça tranquillement et il s’en va. Puis elle replonge. D’un autre, amoureuse. De cet amour que les films savent montrer, de cet amour qui ressemble aux légendes.

Drunk.

Pour l’ivresse. Pour voir.

Rire bleu. Bleu nuits, alcools et fumées.

Rire rouge. Cerise sur les lèvres.

Rire jaune. Acre, ocre, houblon.

Rire blanc. Une larme seulement.

La fête. Excessivement.

Et alors mourir peut-être. Ou vivre seulement.

Et puis finalement, la vie. La fête attendra.

Au mot fin, c’était bientôt l’heure du couvre-feu. La vie. La vie seulement. Décidément.

Nanou est rentrée de Bretagne. Je suis partie de Paris, pour Rennes. Nous nous sommes croisées quelque part. Aux environs de 16 heures dans des couleurs roses du ciel. C’était juste après l’averse. Elle a retrouvé sa maison, son quartier dont je suis tombée éperdue. J’ai retrouvé Jessie. Ma Rennes. L’automne s’est installé ici. Moi aussi. Depuis.

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